vendredi 5 novembre 2010

No 5 des 10 éléments pouvant transformer les parcours de golf du Québec

Élément no 5: Moins de tonte

Concentrer les efforts d'entretien sur les surfaces principales de jeu: voilà ce que font très bien les meilleurs parcours de golf du monde. À l'élément no 3 moins d'arrosage, il a été question du syndrome d'Augusta; soit la perception que l'ensemble du parcours doit être entretenu, tondu parfaitement et vert pour être qualifié de grand parcours de golf.

Aucun autre parcours au monde ne peut s'offrir les conditions d'entretien du Augusta National. Pourtant, voici un fait intéressant: Après avoir analysé, sur image aérienne, les superficies de tonte du Augusta National et un parcours représentatif des parcours du Québec (appelons-le le parcours X), devinez lequel des parcours possède la plus grande superficie de tonte ?

Le parcours X possède la plus grande superficie de tonte, avec 475 000 m² de surfaces tondues contre 470 000 m² pour le Augusta National. Et ce, même si le parcours du Augusta National est 500 verges plus long, que sa propriété est 70 000 m² plus grande et que près de 25 000 m² doivent être tondus pour les tentes corporatives lors de la présentation du Masters. 

Comment cela est-il possible ? Rappelez-vous que ce sont des épines de pin qui recouvrent les zones boisées au Augusta National. Et dites vous que le parcours du Augusta National possède une superficie  tondue beaucoup plus grande que tous les autres parcours figurant dans les 50 meilleurs au monde que j'ai pu visiter.

D'autre part, le parcours X, comme la plupart des parcours du Québec,  n'est définitivement pas à blâmer pour cette situation, il répond à la demande des joueurs. Les parcours sont tondus mur-à-mur à une hauteur de 2 pouces et ce, malgré les effectifs et les budgets réduits avec lesquels les surintendants doivent travailler. Réduire les superficies de tonte sur les parcours du Québec est nécessaire pour améliorer la qualité de nos parcours, afin que les ressources se concentrent sur les zones qui comptent vraiment: soit les fairways, les greens, les tees et les bunkers.
Alors comment peut-on s'inspirer des meilleurs parcours du monde en matière de la gestion des tontes ?

1) Des fairways larges et des roughs vraiment "rough"
Plutôt que d'avoir des fairways de 30 verges de largeur avec de chaque côté 25 verges de "light rough", les meilleurs parcours ont été conçu pour avoir des fairways de 45 à 60 verges de largeur. Mais une fois que vous quittez le fairway, vous franchisez 3 verges de "light rough" et ensuite vous êtes dans un rough véritablement "rough". Cela ne signifie pas qu'il est dense et que vous y perdez votre balle, mais bien qu'il est inégal car il n'est pas irrigué et rarement tondu. Parfois, vous pouvez y frapper un fer 5 pour en sortir, parfois seul un coup de wedge est tout ce que vous pourrez faire.
Les fairways sont plus larges, mais les atteindre est beaucoup plus important. Les joueurs ont donc des décisions à prendre sur chaque coup.


Royal Melbourne Golf Club (Melbourne, Australie) se démarque par l'application du concept, des fairways larges et de vrais rough. Notez également les différentes textures dans le rough.


2) Aucune tonte avant le départ avancé
Sur la plupart des trous, il existe un écart de 40 à 120 verges entre le départ arrière et le départ avancé qui n'a véritablement aucune raison d'être entretenu à titre de surface de jeu. Ce sont des superficies considérables où beaucoup de ressources sont investies sans résultats. Le principe est simple: à partir des départs avancés, le parcours pourrait se jouer uniquement avec un putter. Si vous n'êtes pas capable de frapper la balle 80 verges dans les airs, votre place est sur les départs avancés.

Vue du départ arrière du 4ème trou du parcours Links à Wolf Creek en Alberta. La tonte jusqu'au fairway est minimale.
3) L'utilisation des conditions spécifiques du site
Tout comme Augusta National utilise une surface partiellement sablonneuse recouverte d'épines de pin, le paysage naturel environnant est la meilleure inspiration pour constituer les rough ou les surfaces hors du fairway. Il faut être en mesure de concilier les conditions de ces zones naturelles avec l'intérêt du jeu; par exemple une végétation trop dense génère trop de balle perdues ainsi le positionnement de ces zones est crucial.

Vue aérienne du Sunningdale Golf Club, en Angleterre. La végétation naturelle de bruyère (erica carnea) se poursuit à travers le parcours et en constitue les roughs.


Le "light rough" est pratiquement inexistant au Sagebrush Golf and Sporting Club,  les fairways larges se terminent dans la végétation naturelle.

À ce titre, Pinehurst no2 est en train de faire disparaître des surfaces engazonnées pour revenir à un "sandy rough" similaire à ce qui existait à l'origine sur ce parcours. Vous pouvez entendre les commentaires de Bill Coore, qui avec Ben Crenshaw réalise ce travail.


4) Environnement et économie
Réduire les superficies de tonte est bénéfique car elle réduit les superficies d'arrosage et donc la consommation d'eau. Également, l'intérêt économique est indéniable; le parcours de Pasatiempo en Californie a adopté une nouvelle stratégie de gestion pour ses rough et prévoit économiser 15 millions de gallons d'eau et près de 100 000 $ par année.


Le parcours de Banff Springs en Alberta (son célèbre hôtel en fond de plan) a également engendré le pas en réduisant ses superficies de coupe pour protéger l'environnement de ce site exceptionnel au coeur des Rocheuses. Si un parcours accueillant des touristes de partout à travers le monde et au prix de 200 $ par ronde peut présenter ce look à sa clientèle, votre parcours le peut aussi.

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